Faire le deuil et surmonter la perte de son chien

 

— D’accord, mercredi, 16 h. Nous serons là.

 

C’était son sixième appel chez son vétérinaire ce mois-là. Sa chienne allait toujours aussi bien, à première vue. Les voisins n’y voyaient rien. La douce aînée sortait, flânait dans la cour. Elle reniflait, des fois elle joggait dans la neige. Mais, cachée aux yeux du public, à la maison, son maître voyait une réelle différence dans le comportement de sa chienne. Alors qu’il appelait sa partenaire de longue date, elle peinait à se lever. Elle buvait beaucoup, mangeait peu. Elle avait de très bonnes journées. Mais de moins bonnes aussi.

 

Son maître avait mis des jours de recherches, de consultations, d’essais de produits homéopathiques, de médicaments… Le fin équilibre de la santé de sa chienne ne tenait plus. Et les journées difficiles s’enchaînaient, ne laissant plus autant de place aux bonnes journées.

 

Tout ce combat dans le simple objectif de trouver des solutions permettant d’équilibrer l’état de sa chienne et de garantir encore quelques mois de bonheur partagés. Mais, après nombre d’essais, il devenait évident qu’une solution pour un problème finissait par en empirer un autre.

 

Son état de santé général se dégradait. Ainsi, le maître de la chienne fit l’appel et prit rendez-vous. Il allait l’accompagner à son dernier repos. Alors qu’heureuse elle se coucha à ses pieds, il vint à se demander « Qui suis-je pour prendre une telle décision? Qui suis-je pour décider que son combat est terminé? » Sans réponse, sa chienne s’endormit à ses pieds comme si rien n’était, le laissant seul face à cette lourde réflexion.

 

 

Quand faire euthanasier son chien

 

Cette décision n’est jamais facile. Il est de notre devoir de maître de déterminer quand l’inconfort de notre copain surpasse de loin les périodes de confort et de bonheur. Cette décision doit parfois être prise pour de jeunes animaux dans des cas exceptionnellement déchirants. Mais elle ne sera aucunement plus facile à prendre pour un animal vieillissant.

 

Que ce soit suite à des blessures, des faiblesses qui viennent avec l’âge, que ce soit à cause du bagage psychologique d’une lourde vie passée ou suite à un incident changeant drastiquement la qualité de vie d’un animal, cette décision amène souvent une grande insécurité et un lot de culpabilité pendant le processus de deuil.

 

Mieux comprendre le deuil animalier

 

Le deuil d’un animal est souvent incompris ou banalisé du grand public. En plus de venir avec une charge décisionnelle importante, il n’est pas rare que le propriétaire de l’animal se voit dénier l’importance de ses sentiments par ses proches. « Ce n’est qu’un animal ». Il arrive même parfois qu’il soit offert à la personne en deuil de simplement se procurer un nouveau copain, invalidant le lien et l’individualité de l’animal qui a partagé fidèlement des années de vie avec son humain. Rien pour aider les maîtres que l’on voit souvent s’excuser; « Pardonnez mes larmes, je sais, ce n’était qu’un chien. Mais je l’aimais beaucoup ».

 

Ce qui particularise le deuil animal, en plus des questionnements qui accompagnent la prise de décision et la réaction des proches, c’est le rappel quotidien de l’absence, du vide laissé par la mort de l’animal.

 

Lors de deuils, des lieux, musiques et événements divers vous rappelleront la perte occasionnellement. Bien qu’elle ne soit pas exclusive à la perte d’un animal, dans ce cas, le vide soudain apparaît dans le domicile familial. Ce vide, qui ne peut être meublé, est ranimé lors de gestes banals quotidiens et la douleur sera ravivée à plusieurs reprises, tous les jours. Il est difficile à éviter et donne peu de répit. Par exemple, sa place sur le divan, l’emplacement de son bol de nourriture, le chemin qui menait vers son parc préféré ranimeront des souvenir pendant de nombreuses années.

 

Selon le psychologue Rémi Côté, lors du deuil, il est important de se donner le droit de vivre toutes ces gammes d’émotions sans culpabilité. Afin de s’aider, il faut se tourner vers des amis ou de la famille qui reconnaissent l’importance que l’animal avait pour soi. Une fois les émotions fortes passées il sera plus facile d’ignorer les commentaires importuns causés par l’incompréhension ou la maladresse de certains.

Cette écoute pourrait aussi vous aider à prendre des décisions supplémentaires tel le processus de crémation. Et si un individu se confie à vous lors d’un deuil animalier, n’oubliez pas d’éviter de banaliser la situation et de bien être à l’écoute.

 

Monsieur Côté ajoute que les animaux sont des êtres sensibles qui ont souvent un rôle semblable aux enfants ou à un ami pour l’humain qui les adopte.

 

Comprendre les étapes reliées au deuil aidera aussi les humains à mieux se comprendre eux-mêmes pendant ce processus

  1. Le déni : Souvent, les maîtres refusent d’accepter la réalité de la mort de l’animal de compagnie.
  2. La colère : Cette colère est souvent orientée vers le vétérinaire, les autres membres de la famille ou vers l’animal qui vient de décéder.
  3. La culpabilité : Puisque les maîtres se sentent souvent responsables de l’animal, surtout dans le cas de l’euthanasie, la culpabilité est souvent très présente dans ce type de deuil.
  4. La dépression : Ce n’est pas rare que les maîtres endeuillés entrent dans une brève période de dépression; souvent ces derniers se sentent seuls, ils ont une perturbation de l’appétit et du sommeil et ils remémorent beaucoup les souvenirs de leur animal décédé.
  5. La résolution : Les maîtres acceptent la perte même s’ils peuvent se sentir tristes en repensant à leur animal; ils remettent le décès de l’animal en perspective tout en reprenant leur fonctionnement quotidien productif et satisfaisant.

 

Rituels et étapes liés au deuil canin

 

C’est connu, il est important, lors d’un changement significatif dans notre vie, d’avoir des gestes rituels servant à finaliser une étape. Ceci ne s’applique pas qu’au deuil. Que ce soit lors d’un changement d’emploi, lors de déménagement ou lors de décisions importantes, nous nous confortons dans des pratiques signifiant le passage à une autre étape. Il n’en est pas différent pour le deuil animalier.

 

Certains choisiront d’exposer les cendres dans un bibelot à la maison, d’autres de commémorer le départ de l’animal lors d’une cérémonie, certains de simplement passer une soirée en famille à regarder des photos des années passées avec le chien. Il n’y a aucune mauvaise réponse, tant que ce rituel aide à « boucler la boucle ».

 

Parlant de partage en famille, il est important d’éviter d’utiliser le mensonge face à des enfants de niveau primaire. D’utiliser des termes comme « sommeils » ou de parler de « simple arrêt de respiration » pourrait plutôt inquiéter l’enfant. Discutez avec eux calmement et répondez à leurs questions sans les inquiéter. Bien qu’il peut vous attrister de les entrer eux aussi en processus de deuil, de vivre celui-ci bien encadré représentera un apprentissage pour eux et vous serez présent pour les aider.

 

Besoin d’aide pour passer par dessus la perte de votre chien ?

 

Sachez que certains thérapeutes ont des formations complémentaires et même que certains se spécialisent en deuil ou en deuil animalier. Si vous en venez à manquer de support, si la dépression vous guette, nous vous encourageons à chercher le thérapeute qui pourra vous aider.

 

Après tout, si une peine d’amour représente une forme

de deuil, la douleur causée par la perte d’un animal n’est absolument pas injustifiée. Et, cette perte ne pourrait-elle pas justement nous permettre de nous remettre en question, de réfléchir à la vie ainsi qu’à nos priorités ? La mort de nos animaux nous rappelle que la vie est bien courte, et qu’il est important d’en profiter… Une promenade à la fois !

 

 

 

 

 

Article rédigé par Patricia Roy & Simonne Raffa, avec la participation de Rémi Côté ( Psychologue à Montréal ) .

Voir l’article: http://www.demaindemaitre.ca/euthan...